La société américaine Fitbit a réalisé son introduction en bourse l’année passée mais a du mal depuis à répondre aux attentes de ses investisseurs. Preuve qu’ils doutent sérieusement de la capacité du leader du Quantified Self à maintenir ses marges (et surtout sa croissance), le cours a dévissé de 70% entre août dernier et aujourd’hui passant de 52$ à seulement 13,88$… Tout cela, malgré les belles performances de Fitbit au niveau des ventes. Pourquoi ?
Une nouvelle fois, Fitbit a dépassé les attentes des analystes pour ce premier trimestre 2016. Sa capacité à innover n’est plus à prouver : 47% des revenus sur cette période ont été générés par les deux bracelets connectés – le Fitbit Blaze et le Fitbit Alta – qu’il a officialisé en janvier dernier. Mieux encore, Fitbit a prouvé à ses actionnaires que les utilisateurs n’étaient pas passagers, et qu’ils étaient prêts à renouveler leur achat pour passer à un modèle plus premium. Ce seraient pas moins de 40% des commandes sur les deux nouveaux produits qui auraient été réalisés par des propriétaires de bracelets antérieurs.
En parallèle de cela, le cabinet de recherche Kantar Worldpanel Komtech a annoncé que la marque avait réussi à s’accaparer pas moins de 61,7% du marché des bracelets fitness aux Etats-Unis… loin devant Apple et ses 6,8%. Bref, sur le papier, Fitbit a tout pour plaire.
Présentation du Fitbit Blaze par le directeur marketing Europe (CES 2016) :
Un objet connecté approuvé par la FDA ?
Dans la réalité, le bilan est un peu moins rose, et les actionnaires ont du mal à croire dans le modèle : le titre a encore chuté de 18% sur la bourse de Chicago hier, et la tendance à la baisse est clairement marquée depuis l’été dernier. James Park, PDG de la société, a d’ailleurs été obligé de s’expliquer hier pour justifier ses performances et prouver que ses résultats étaient conformes à ses objectifs. Il a d’ailleurs réaffirmé les ambitions de la société à sortir de nouveaux produits dans les 6 mois à venir, ce qui validerait encore un peu plus les rumeurs qui ont émergé la semaine passée.
Le bénéfice par action pour le prochain trimestre a été revu à la baisse, et sera bien inférieur aux attentes des analystes sur le Q1/2016. Fitbit compte augmenter sérieusement son budget en recherche et développement pour assurer sa place de numéro 1 du marché. Lors d’une session de questions – réponses organisée récemment, James Park aurait d’ailleurs hésité sur sa réponse au moment où on l’interrogeait sur la possibilité d’avoir un objet connecté approuvé par la FDA (l’équivalent à notre AFSSAPS), avec une réelle orientation vers la santé.

Autre raison à l’origine de la chute du cours de l’action, la dépendance de Fitbit au marché américain. A l’heure actuelle, ce sont pas moins de 70% des revenus qui sont générés sur le continent américain, contre seulement 15% en Europe et Moyen Orient et 11% en Asie. James Park compte ainsi non seulement réduire sa dépendance aux Etats-Unis, mais également se diversifier sur des marchés en plus forte croissance. Il a d’ailleurs mis en place un partenariat avec le géant chinois Alibaba pour renforcer sa présence chinoise et rivaliser avec son homologue low-cost local, Xiaomi. En Europe aussi, Fitbit organise des opérations spéciales, à l’instar du sponsoring du semi-marathon de Paris en mars dernier…
Dans tous les cas, Fitbit a quelques mois très compliqués à venir, d’autant plus qu’il a fixé la barre haut pour l’année 2016 : la société a profité de cette conférence de presse pour revoir à la hausse ses ambitions pour cette période et prend un véritable pari sur l’avenir. Inutile de préciser que si elle échouait à atteindre cet objectif, elle deviendrait une cible potentielle de rachat, avec une valorisation actuellement à “seulement” 2,86 milliards de dollars…
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